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Oser le droit

« Sûr qu’il vaut mieux pourrir la vie d’un honnête homme que faire face et assumer ses “vraies” responsabilités... ce procès est vraiment pitoyable » (Corinne Newey)


Dans la deuxième partie de son dernier cours au Collège de France, Michel Foucault parlait de PARRÊSIA (généralement traduit par « Parole authentique » ou « Franc parler ») pour évoquer le courage de la vérité, dans le Gouvernement de soi et des autres (28 mars 1984). Cette notion issue de l’Antiquité grecque place face à la puissance des tyrans le pouvoir de dire-vrai.

Il y a des années que ce concept me travaille

J’ai conçu mon blog (en 2010 avec Mediapart, puis ici) pour y traiter les chroniques du chaos actuel, de manière la plus lucide que je sache et sans aucune complaisance. Voltaire disait que jamais les écrits n’avaient le pouvoir de changer ou de sauver le monde. La bête immonde survit en effet à toutes les dénonciations qu’on peut en faire : qu’un nombre croissant de contemporains, notamment médiapartiens, ait un goût prononcé pour les arcanes de la finance, ça n’empêche ni la corruption de tous les milieux qui produisent dans la vie active ni l’indifférence quasi généralisée des couches lettrées vis-à-vis du monde pillé par les entreprises européennes, leur bellicisme, l’alliance objective des doctrinaires, religieux ou technico-scientifiques, avec les industries les plus mortifères qui soient, armement, agro-alimentaire intensif ou pharmaceutique.

Quelques indignations sans lendemains et des avertissements pas plus entendus que ceux de Cassandre devant les Troyens ont à chaque fois servi de caution vainement hostile à une hégémonie que rien ne semble pouvoir arrêter en dépit de décisions irresponsables évidentes.

Les citoyens et la mobilisation publique sont pourtant la cible d’une série d’attaques sur tous les terrains, administratifs, policiers et judiciaires. Les moindres déclarations en faveur de la paix ou d’un mieux-vivre sont poursuivies devant les tribunaux. Pointer la lâcheté ou la démission de ceux qui se font élire sur des programmes politiques dont ils ne défendent aucune application sur le terrain, c’est courir le risque de procédures à visée intimidante. L’accès à l’information est circonscrit aux seules dépêches officielles que véhiculent les rédactions de journaux appartenant aux grands marchands d’armes, voilà pourquoi notre presse est muette.

Seulement, un 10 août 1792, le peuple s'est emparé des Tuileries.

Parler vrai dans un système mensonger et hypocrite

Pour se défendre de telles agressions il faut des professionnels spécialistes du droit de la presse. Ils se situent dans la capitale et se font payer très très cher. L’accès à la jurisprudence est compliqué par une grande densité de documents eux-mêmes très denses et distinguant des nuances à peine perceptibles par les personnes du commun.

En revanche, le recours aux conseils juridiques pertinents permet à chacun d’accéder aux formes des procès, à l’analyse des questions de fond, à la mesure des risques encourus. Mieux, se présenter seul avec ses conclusions devant l’audience, c’est pouvoir dire ce qu’aucun avocat ne pourra dire à votre place : quand et pourquoi, comment avez-vous agi ainsi ? Au-delà des intentions manifestes et cachées, c’est la volonté de s’adresser directement aux magistrats pour la justice rendue au nom du peuple. Bien entendu, dans cette structure hyper codifiée qu’est une séance de tribunal, il vaut mieux maîtriser aussi bien son expression que les modes opératoires en place. L’enjeu principal ne peut être que la justice, et le risque de cette épreuve de vérité se situe là, aux arguments justifiant les moyens de la demande de relaxe ou du retrait de la plainte.

Les règles sont telles que dévoiler au public tout ou partie de sa défense, c’est encourir le risque de se trouver discrédité au moment du jugement. Il faut donc beaucoup de confiance aux amis du prévenu pour l’accompagner sans lui demander trop de précisions, avant tout pour ne pas gêner sa position, car tout ce qu’il pourrait être amené à dire est susceptible d’être retourné contre lui. Cette retenue, cette discrétion, ce soutien inconditionnel de tous pour un seul, c’est là que réside l’essentiel de l’énergie dont s’imprègne celui qui va se présenter à la barre.

Il y a eu un 10 août, une fois au moins dans l'histoire, où le peuple a suspendu son roi.

Le prix d’une défense sans avocat

Ce qu’il faut de personnes pour se rendre seul devant le juge !... Les réseaux sont pleins d’avis contradictoires soucieux de l’intérêt commun. Les conseils écartés débouchent sur de nouvelles inquiétudes, d’autres questions, de la lassitude, aussi, ou du désarroi. Les pressions s’accentuent avec le temps et les propositions. Il faut ménager les possibles susceptibilités, et la tension peut devenir palpable avec les doutes, les revirements, les coups de théâtre, car il y en a presque un par jour au fur et à mesure que la date approche. Et, toujours, pour le prévenu, ne rien dévoiler des secrets de l’instruction, toujours, pour ses amis, faire confiance à ce qui se décide.

Ne pas prendre d’avocat tout en ayant consulté des avocats avant l’audience, c’est savoir que l’on peut se mettre à dos une profession entière, parce qu’on n’a pas bien retenu les instructions fournies, ou parce qu’on aura interprété au sens commun ce qui était communiqué au sens spécifique propre à cette nature de procès. Chaque ligne est l’objet d’un choix de mots à mémoriser et intégrer pour tenir tête aux interpellations du Parquet ou du plaignant.

C’est cette détermination qui sera évaluée, jugée, peut-être condamnée ou, au contraire, relaxée. Ce travail en collectif, cette intelligence à plusieurs, cette collégialité sera soudée ou désintégrée par une décision de justice. Une institutions aussi sacralisée qu’un tribunal laissera-t-elle un groupe comme le nôtre marquer son autonomie ? La loi de soi-même ?...

Ce qui sortira de cette aventure sera dans tous les cas incalculable.

Nous savons que ce que nos ancêtres ont fait, nous pouvons le faire aussi : tenir tête aux puissances. Le 10 août a eu lieu, et le peuple s'est montré à la hauteur de son courage, à la hauteur de ses intérêts, à la hauteur de sa dignité. À la hauteur de la justice.

Jean-Jacques M’µ

Deuxième cagnotte : ÉTAPE DÉCISIVE !
https://morning.com/c/x0QLuc/Etape-decisive

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