Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nous nous retrouvons au 6 rue du Majou, Gourdon, tous les dimanches de décembre entre 16h et 19h pour discuter nos idées, nos lectures et nos propositions concernant la question du sexisme.

Attirons l'attention de notre petit groupe sur les éléments évoqués dans le Wikipedia sous cette entrée : SEXISME. Il me semble que le survol de l'article devrait nous permettre de se positionner et se préparer soi-même face aux inévitables stéréotypes dont nous sommes nous-mêmes porteurs.

« Porteurs » ?...

En écrivant les lignes ci-dessus j'avais jusqu'alors pris soin d'éviter des formulations marquant le genre (masculin / féminin) : j'ai notamment évité d'écrire :

« Attirons l'attention de chacun, chacune... » (et encore moins l'horrible chacunE).

Le conflit de ceux qui invoquent l'égalité hommes-femmes en compliquant abusivement l'expression est un conflit difficile à tenir tant les pratiques se sont installées, dans la presse, les tracts, les articles courts. Voit-on un roman marquer d'un E tous les termes génériques ?...

Allons donc !

C'est aussi surtout que la très légitime volonté d'éradiquer le machisme jusque dans le lexique a généré de belles résistances langagières qu'on peut saluer à juste titre. Cependant, cette attitude a également déclenché des comportements stylistiques ampoulés, avec un amphigouri et un galimatias féministe absolument impropre et inapproprié à la condition féminine. Beaucoup de nos contemporains ignorent ou ont oublié que, depuis Vaugelas et la Grammaire de Port-Royal, au XVIIe s., la langue française a toujours confondu le genre masculin au genre neutre.  Il est donc tout-à-fait simple, juste, légitime et légal de dire « tous » ou « chacun » au sens le plus large, général, universel, – NEUTRE, en un mot), et il y a en revanche une sorte d'obsession quasi paranoïde à vouloir se défendre d'un des préjugés les plus ancrés depuis notre petite enfance à partir de nos manuels scolaires et dans les discussions quotidiennes. Il n'est en effet pas vrai qu'en grammaire « le genre masculin l'emporterait sur le féminin ». NON NON NON ET NON !... Cette règle n'existe pas ! Vous ne la trouverez ni chez Grévisse ni à l'Académie française. Dire que le masculin l'emporte sur le féminin c'est un raccourci de très mauvaise pédagogie, une fausse facilité, une réduction non pertinente d'une pensée qui n'a jamais été formulée selon ces termes-là. Jamais.

Si féministe qu'il se veuille, CE PRÉJUGÉ RESTE UN PRÉJUGÉ

C'est par conséquent un argument lui-même INFONDÉ ! De là, vouloir y répondre en féminisant le lexique de manière au moins tout aussi infondée, ce n'est pas un sursaut de sain féminisme, non, c'est seulement compliquer à l'extrême la communication.

Pourquoi, en effet, devrait-on écrire :

« stéréotypes dont nous sommes nous mêmes porteurs et porteuses »,

ou même :

« stéréotypes dont nous sommes tous et toutes porteurs et porteuses »

????...

Redisons-le, il n'y a aucun sexisme à utiliser le neutre !... (à neutraliser les différences)

Cela dit, l'ambiguïté persiste souvent. Pour notre exemple, on peut également très bien interpréter sans grand risque de se tromper « stéréotypes dont nous [les hommes, les êtres humains] sommes porteurs ». C'est la question du NOUS : qu'est-ce donc qu'inclut le pluriel, ici ?... Il est impossible de parler (ou d'écrire) sans avancer dans sa discussion, forcément, des termes chargés d'ambiguïtés.

L'ambiguïté n'est tout de même pas un sexisme, faut pas exagérer !

Il y aurait un énorme préjugé sexiste (essentialiste) si l'on supposait que seuls les individus de genre masculin seraient porteurs des stéréotypes sexistes. En réalité, hélas, nous sommes en entier ET victimes ET véhicules des préjugés paternalistes, phallocratiques, patriarcaux, machistes, etc. On peut s'en défendre. Le plus souvent qu'on peut. Mais, de grâce, ne pinaillons pas sur des détails inutiles :

J’utilise le NEUTRE – non pas un masculin l'emportant sur le féminin.

(clair ?)

C'est clair dans ma tête, et je n'aime pas beaucoup être interrompu sur ce faux procès.

Bon.

J'ai aussi des amies bigrement fixées sur cette idée. De vraies amies. Parce que je les aime et que ne veux pas perdre ma relation avec elles, j'utilise comme elles le font et le souhaitent la féminisation que je sais pourtant outrancière et laide (auteure/auteur, écrivaine/écrivain, peintresse/peintre, etc. sans compter les participes passés et les formules alambiquées).

C'est une concession à mon amitié pour elles, ce n'est pas mon intégrité (il nous arrive d'avaler les tartes brûlées des personnes que nous aimons en leur assurant que c'est mangeable, bah ! on n'en meurt pas, ok. Mais ce sont là des actes d'amitié, pas de la réelle gastronomie !)

Idem, je peux me conformer aux préjugés linguistiques de mes ami– e–s féministes, mais ce sont des abandons ponctuels et éphémères en tribut à l'amitié, ce n'est pas mon mode d'expression spontané.

« Les droits de l’homme » ?

Bien entendu, il y a sexisme à avoir officiellement traduit human right par « droit de l'homme » et non pas par « droit humain » (derecho humano en espagnol, par exemple).

On pourrait s'amuser longtemps autour de la fameuse boutade féministe des soixante-huitards : « L'homme est une femme comme les autres ».

Pour ma part, je ne cache pas que je voudrais que ce mois de décembre nous permette de croiser cas par cas les préjugés du sexisme avec d'autres préjugés, de génération ou de classe, de milieux sociaux, d'origines culturelles ou nationales, etc.

– Quand une femme est humiliée, qui est-ce qui est en empathie avec elle ?... et au nom de quoi ?... (Ex. : Renvoyer une femme aux affaires domestiques ou bien à la relation sexuelle, c'est incontestablement sexiste, et pourtant, il y aura toujours, selon la personne concernée, qui verront qu' « après tout, elle, elle... etc. », c'est cela qu'il nous faut questionner, notre tolérance à l'intolérable).

Cadeau : cette belle révélation de Gretchen Kelly traduite par Bamillan Siff :

LA CHOSE QUE FONT TOUTES LES FEMMES ET QUE VOUS IGNOREZ

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0